samedi 3 novembre 2012

REVIEW I / Novembre 2012

WALL OF DEATH (Born Bad Records, à sortir 19 Novembre 2012) - Main Obsession
C'est l'histoire d'un groupe qui a été épaulé par les très adulés Black Angels, groupe ricain en tête du mouvement psyche-revival rock. Nous ne nous arrêterons pas là, et n'insisterons pas plus sur ce soutien mérité et évident. Wall of Death sort en effet sur Born Bad un album plutôt passionnant, dans lequel le rock psychédélique initié par les Pink Floyd, 13 th Floor Elevators, Velvet Underground ou autres plus éloigné Hawkind est largement à l'honneur. De ces compos envoûtantes, à la légèreté transparente ressort une certaine pureté, que d'autres morceaux parfois un peu plus stoner viennent habilement contrasté de sombre. Cette sortie sur Born Bad records ouvre l'axe du catalogue du label le plus hype du moment, ce qui n'est pas sans nous déplaire. À écouter seul pour rêver de cosmos.




 BEATS FROM BADVILLE ( Stag-O-Lee records) - Vol I
Le label Stag-O-Lee Records a sorti en Juin dernier la compilation qui aurait dû nous faire danser tout l'été. Un peu cons, nous avons découvert l'objet en Octobre. « Beat From Badsville Vol.1 » regroupe des singles des années 50 et 60 collectés et stockés dans la maison de Lux Interior et Poison Ivy (vous savez, le couple qui a changé notre vie en formant THE CRAMPS). Dans le même esprit que les Cramps, cette compilation propose des morceaux d'exotica, de rock'n'roll, de doo-wop, d'étrangetés et même de surf. Bien plus qu'une compil ultra efficace, ce disque révèle toutes les productions oubliées des années 50. Tandis qu'Elvis Presley se faisait tailler un costard pour moins choquer le mainstream, une bonne bande d'attardés et de surdoués exploitait la marge de manœuvre du rock'n'roll. Cette compilation lui rend hommage.

F.MORON

dimanche 21 octobre 2012

REVIEW II / Octobre 2012

TURBO FRUIT (Serpents and snakes records, 2012) - Butter

Faire du rock sudiste qui sent le cambouis et l'huile carbonisée tout en conservant la hype New-Yorkaise n'est pas donné à tout le monde. Turbo Fruit, quatuor de Nashville, n'a rien en commun avec les Strokes et autres dandys rocks de la grosse pomme. Rouflaquettes fournies, tignasse hirsute, jeans sales et cuir élimé, ces mecs pourraient être les cousins des "Lords of Altamont" en moins violent. Et pourtant à l'écoute de Butter, leur 3ème opus sur le label Serpents and Snakes Records la comparaison avec les minets de New York n'est pas si absurde. "Harley Dollar Bill $", "Sweet Thang" ou "Colt 45" flirtent avec le meilleur des Strokes et nous pouvons prévoir au Turbo Fruit un avenir survitaminé .Bien entendu, la casbah a une préférence marquée pour quelques titres plus échevelés et énergiques telle que "Gamble Tamble", "Ain' t the only one have fun" ou "Dont like to fight". Attention la tante Irma du rock à l'écoute de Butter a détecté quelques mauvais signes. "Catch and release" ou "Gotha get away" laisse présager un prochain disque aussi pourri que la tournure de carrière des Kings of Leon. Alors aimez-les maintenant ou jamais !


BLACK PISTOL OF FIRE (Rifle Bird Records) - Big beat 59'

Le blues à deux, c'est mieux. Alors que Left lane cruiser est en train de faire oublier le tournant rock de stade prit par les Black Keys, d'autres duo batterie/guitare tentent de faire revivre la flamme de RL Burnside. Le duo canadien des Black Pistol of Fire s'était déjà fait remarquer en convoquant les esprits du Creedence Clearwater Revival ou de Led Zepelin l'année dernière avec un premier opus éponyme remarqué par la presse spécialisée. Kevin McKeown virtuose de la guitare alignait les riffs énormes tout en posant des solos fins et efficaces (comprenez court) soutenus par le jeu de batterie fin et varié d'Éric Owen. Big Beat 59 arrive donc six mois plus tard pour confirmer l'essai voire même de laisser entrevoir derrière ce mur de son une certaine finesse. L'ouverture du disque avec Beelzebub et Strips ou Keys nous laisse pantois face à l'armada sonore déployée. Mention spéciale au jeu de baguette d'Éric Owen qui rythme à merveille le disque. Oeuvrant à la marge d'un blues garage traditionnel et d'un rock sudiste agressif, les Black Pistol of Fire livrent un disque sans beaucoup de surprise par rapport au précédant mais tout aussi jouissif pour les fans de la première heure des White Stripes et Black Keys. La voix est omniprésente et parfaite. Vous l'avez compris Big Beat 59' ne révolutionnera pas le genre mais s'inscrit dans la grande famille des duo Blues Garage Américain orphelin de leur père (Black keys) et mère (White Stripes).



CROOKED BANGS (Western Medical Records) - S/T

Comme il est hors de question de publier une chronique sans un groupe d'Austin, nous avons opté pour ce mois-ci pour les Crookeds Bangs. Jeune trio de punk intello qui sévit sur le label western Médical records, les Crooked Bangs proposent un post- punk mêlant des titres chantés en français et en anglais. Les Crooked Bang, c'est presque un groupe de fille, c'est presque un groupe de punk et c'est presque un groupe francophone. La langue de Molière n'est pas évidente à maitriser ce qui pose quelques problèmes de rythme à la chanteuse / Bassiste, Léda qui sont vite oublié tant la guitare de Samantha et la batterie millimétré de Phil el fantasmo assure. À noter quelques riffs bien sentis sur les titres "sois jeune" et "Lucifer, mon amour".




mercredi 10 octobre 2012

REVIEW I / Octobre 2012

THEE OH SEES (In the Red Records, 2012) – Putrifier II

Qui peut suivre les Oh Sees ? Sûrement pas toi, sûrement pas nous. Petit récapitulatif, sur l'année 2011 -2012, Thee Oh Sees ont sorti 3 albums. Trois surprises, trois tartes, trois effets kiss cool au LSD. Thee Oh Sees, c'est ce groupe formé par John Dwyer, hyperactif californien bien connu dans l'underground garage, constamment sous weed et constamment en tournée. Pour cette album Thee Oh Sees réussissent encore le pari de nous surprendre. Bien que l'album n'est pas à tomber par terre de nouveauté, il reste quand même cette arrière goût de batte base-ball derrière la nuque, en témoigne le morceau introducteur « Wax Face ». Délires psychotiques, relents psychédéliques des anciennes décennies, garage moderne surpuissant, la recette est un peu toujours la même, mais Thee Oh Sees réussissent toujours à aborder le sujet d'un nouvel angle. Putrifiers II présente d'ailleurs des morceaux plus posés et attendris, qui rappellent parfois l'état d'âme d'un Velvet Undergound. En tout cas, toujours est-il que si vous n'accrochez pas à cette album, il ne vous reste qu'à aller voir les Oh Sees en live, et vous agenouillez pour demander pardon.


TOTAL CONTROL – Henge Beat (Iron Lung Records, 2011)


En 2011 sortait un album que nous avions complètement zappé, voir ignoré. Total Control sortait un album révérencieux et audacieux. Dans une veine clairement fin 70, inspiré d'une Europe sur laquelle un froid industriel se répandait, Total Control touche à la cold wave, au krautrock, au punk. Loin d'un copier/coller basique et fade, la formation Australienne redonne vie à un rock synthétique et électrique. Ainsi, c'est avec grandeur que "Henge Beat" nous promène entre des morceaux à la Suicide (See More Glass), des hommages à Kraftwerk (The Hammer), sublime, des chansons punks édifiantes ou des récitals ultras sensible à la Joy Division (Carpet Rash). La qualité première de Total Control est d'avoir su, sur cet album, donner une voix marquante à la mélodie, tout en conservant une énergie débordante. Un album d'une grande qualité, sans surprise vu qu'il a été écrit et composé par des membres d'Ultra Vox et Eddy Current Suppresion Ring.



F.MORON

vendredi 28 septembre 2012

REVIEW I/Septembre 2012

THE HEX DISPENSER (Red lounge Records) - 45T - Parallel

Le combo punk d'Austin mené par Alex Cuervos qui entame d'ailleurs une carrière solo, vient de commettre pendant l'été un 45t intitulé "Parallel". Connu sur la scène garage notamment grace à sa collaboration avec Mick Collins des Dirthbomb, Alex Cuervos continue de tracer une autoroute punk mélodique imparable avec The Hex Dispenser. "Parallel" est sortie sur le label Red Lounge Records. Il comporte 3 titres dont une reprise des Misfits. Rien de bien neuf, le groupe propose le même punk mélodique alliant l'efficacité "blitzkrieg" des Ramones et le sens pop des Buzzcocks. À noter le titre imparable "Young Blood in the river"


DIKES OF HOLLAND (Screamer records) - Brainded USA


Toujours D'Austin, ce quintet punk commet son premier LP "Brainded USA" sur le label parisien Screamers Records (dont il est la première référence). Joli coup pour ce jeune label à qui l'on promet une belle carrière. Repéré par de nombreux amateurs lors du SXSW d'Austin, The Dikes of Holland concrétise les attentes avec ce brulot de 12 titres qui combine la hargne du punk (kinky parent, dirty san franciscan) aux riffs brûlant du hi-energy (Rotten Taste, Brainded USA). L'album s'ouvre sur le splendide streetwalker qui n'a rien à envier au meilleur titre de Mark Ryan des Marked Men, riffs propres et efficaces sur une mélodie entêtante que l'on beugle avec plaisir. Les titres s'enchainent, alternant des offensives quasi hurlées par Liz Burrito et des couplets bondissant soutenue par une batterie garage.



ALLAH LAS (Innovative Leisure) - Allas Las


Ces jeunes kids de Los Angeles ont de l'or entre les mains et viennent de signer sur un label qui sait y faire pour bonifier voire internationaliser ses poulains. Le succès leur ouvre les bras lorsque l'on sait qu'Innovative Leisure à déjà propulser Hanni El khatib et Nick Waterhouse au sommet des charts. Les Californiens sont marqués au fer rouge par la surf musique qu'il colore de beats sixties et mod's anglais. Repéré par une simple sortie en 2011 dans lequel il jouait le joyau "catamaran" (on le retrouve en ouverture de l'album) produit par Nick Waterhouse, Allah Las faisait buzzer les blogueurs qui attendaient avec impatience ce premier LP. Coup de maître, ce premier disque fait mouche et commence à faire frémir la presse internationale d'autant plus qu'ils partagent une tournée dantesque avec Mr Waterhouse nouvelle coqueluche des nostalgiques d'ampli à lampes, de gomina et de maccarthisme. Bien que moins convaincu par l'intégralité du disque (parfois trop pop guimauve à notre goût) la casbah aime Allas Las qui ravira les fans des Beatles et Beach Boys.





THE FEARLESS VAMPIRE KILLERS (Unsigned) - Batmania
 

Ils viennent de Melbourne, ils sont quatre et proposent un rock'n'roll folk cinématographique. Après un premier album "batmania" sortie l'année dernière en autoprod, les Fearless Vampire Killers n'ont toujours pas trouvé de label. Ils reviennent donc à la charge avec l'excellent single Mexico qui vous emmène dans l'univers de Tarantino, une musique de Western Spaghetti habitée et fantasmagorique.




dimanche 9 septembre 2012

Movie Star Junkies - Son of the dust (Inside/outside records, 2012)


J'aime les univers. Un trou de serrure d'où jaillit un filet de lumière qui attise la curiosité. Les engrenages qui nous entraînent dans des mondes riches. On regarde par l'orifice et on ose ouvrir la porte pour s'abandonner dans les pensées d'un autre. Nous ne sommes que des convives mais notre hôte est généreux et nous offre sur un plateau des émotions que notre quotidien souvent millimétré peine à nous donner. Au même titre qu'un Tolkien ou un Ellroy en littérature dans la même lignée qu'un Lynch pour le cinéma, les Movie Star Junkies (MSJ) sont des créateurs d'univers musicaux. D'album en album, ils construisent leur édifice aussi fou et improbable que la Sagrada Familia de Barcelone. De plus en plus riche, leur musique touche à chacun de nos sens et peu selon les humeurs accompagnées avec fidélité nos errances immobiles, les yeux dans le vague. Quelque soit votre sentiment, vos goûts, un album des MSJ ne peut pas décevoir. Peut-être qu'il vous exclura, vous laissera sur le bas-côté mais ceci est une autre histoire. Incomparable ! Je ne peux pas donner de filiation aux Italiens tant ils ont creusé leurs propres sillons.
Né en 2005 de la rencontre de Stefano chanteur et organiste avec Caio Batteur sur un concert des cramps, ils donnent naissance à la première forme des MSJ. Le groupe va rapidement accueillir Vincenzo à la guitare, Alberto à la guitare fuzz, contrebasse et Emmanuele à la basse. Nécessité impériale face aux ambitions musicales du combo. Rapidement, ils sont donc cinq à bord de ce bateau ivre sans tête ni capitaine mais qui tient le cap. Tout commence par une poignée de 45t sur différents labels (fistful of records, Hell yes !, Primitive records) entre la période de 2006 à 2008. Les MSJ s'offrent au monde avec « Melville » sorte de blues maritime et dépressif enregistré dans le vrombissement des moteurs. Directement inspiré de l'écrivain Herman Melville, l'album évoque des naufrages et des passages de la vie de cet auteur énigmatique du 19ème siècle. Lo-Fi, on sent déjà une écriture, une composition riche derrière les larscenes. « A poison tree » deux ans plus tard marque une nouvelle évolution pour le quintet qui s'oriente vers un folk sombre et fantasmagorique. Le son s'est adouci pour laisser entendre le talent génial du quintet. The Mariage Of Heaven And Hell de William Blake est la source d'inspiration du combo. Ils reviennent donc en 2012 avec « son of the dust » sur le label « inside/outside records » fondée par Matteo Bordin des Mojomatics et Emanuele "Nene'" Baratto, le bassiste du groupe. Plus question de Lo-Fi sur ce 3ème opus, les MSJ nous proposent un disque très propre, riche et fin. Oeuvrant dans les univers cinématographiques du capitaine Achab à la poursuite du cachalot blanc en passant par les silences oppressant d'un duel au colt dans une rue balayée par le vent, « Son of the Dust » nous invite à écouter l'histoire de ce fils de la poussière. Avec Les MSJ le lien entre littérature et musique est ténu, ce nouvel album nous raconte une histoire complète, chaque chanson correspondant à un chapitre.


Une grande place est laissée aux voix que ce soit le chant très clair et mixé en avant ou la profusion de chœur qui soutient assez systématiquement les refrains. Les instrumentations sont ciselées riches au service de l'histoire de ce fils de la poussière.
Un disque a se procurer rapidement et un groupe à voir en concert.

Date de tournée française :

20/10 CAVE A MUSIQUE, Macon, France
22/10 I BOAT, Bordeaux, France + Magnetix
23/10 STAKHANOV, Nantes, France
24/10 MONDO BIZZARRO, Rennes, France
25/10 L’OUVRE BOITE, Beauvais, France
26/10 LE CLACSON, Lyon, France
27/10 MAINS D’OEUVRES, Paris, France
31/10 GIGORS ELECTRIC, Gigors, France
01/11 ROCKOMOTIVES, Vendome, France
02/11 L’ASTROPHONE, Metz, France

Site web pour aller plus loin :
http://www.moviestarjunkies.com
http://www.outsideinsiderec.com

vendredi 13 juillet 2012

INTERVIEW : Urban Junior - Two Headed demon (voodoo ryhthm records, 2010)


Les arrivages Voodoo Rhythm Records sont un moment attendu par tous les fans de garage. Un des rares labels qu'on achète les yeux fermés sans connaitre l'artiste tant les principes qui le guident sont inamovibles. Garantie d'une belle découverte garage blues ou rock, je suis donc un peu surpris en posant la galette de Urban Junior "two headed demon" sur ma palatine.
Des machines!
Urgence, Lo-fi, bordel organisé mais sonorités technoïdes voir dance-floor. Ce n'est certainement pas le rythm'n'blues des années 50 qui a bercé les oreilles de ce suisse allemand mais bien le début des années 90 et l'émergence du Hip Hop. Le pire, c'est que cette rencontre improbable fonctionne. "Two headed demon" arrive à faire bouger les foules malgré une esthétique trash-punk. Grand réconciliateur, Urban Junior mériterait d'être programmé en boîte de nuit. En attendant, il se produisait dans le cadre du big tinnitus festival à Lyon en novembre 2011, organisé par le Trokson et le Clacson. Benjamin l'a rencontré et grand seigneur on vous livre tout ça.

 
Qui est Urban Junior, et quoi de neuf sur ton projet?

Je n'aime pas trop le mot projet, quand j'ai commencé c'était une sorte de projet. Je jouais à des soirées où je faisais le jukebox, le public pouvait réclamer n'importe qu'elle chanson, je la jouais. J'ai commencé avec une guitare, une grosse caisse et une caisse claire. Je jouais à des soirées ou l'entrée était gratuite, c'était juste des soirées. Et je sais pas, ça a plu aux gens et c'est devenu de plus en plus gros, j'ai enregistré quelque chansons et ça ne s'est jamais arrêté. Moi même parfois je suis encore très surpris de voir jusqu'où je suis allé avec ce truc.


Tu ne fais pas partie de cette génération d'artistes qui s'est fait connaître sur le net ?

Bah ces trois dernières années, j'ai laissé tomber ces plateformes de réseaux sociaux. J'ai dû passer trois, quatre ans sur Myspace, à surfer des heures dessus et franchement je n'ai pas envie de recommencer (rires). Tu sais c'est sympa, fin septembre début octobre j'étais en tournée pendant trois semaines et j'ai lu sur le Facebook de quelqu'un un message réclamant que je rejoigne Facebook (rires). Mais ce n'est pas mon truc, je préfère tourner, jouer, j'aime voyager, rencontrer des gens.

Est-ce que c'est justement tes débuts à des soirées privées, où tu devais faire danser les gens, qui t'ont donné envie de mélanger des sons garage, rock et électro?

Non, non ils dansaient déjà avant que je joue le micro-corde... En 2006 j'ai fait quelques concerts en Allemagne avec John Schooley One mande Band, aussi sur Voodoo Rhythm, il était aussi en quelque sorte le guitariste rythmique pour R. L. burnside en tournée. Et c'est un homme très sage, qui joue de la guitare comme un dieu. J'ai beaucoup aimé me plonger dans ce vieux blues mais tu sais je suis très mauvais à la guitare et j'étais incapable de jouer toutes superbes mélodies blues, et quand je tournais avec John Schooley, je me demandais justement quelles étaient mes racines, tu vois. Je suis né en Suisse, dans les années 80 et gamin j'écoutais ces trucs genre RnB... Alors ouais ça a juste été une idée comme ça au début de jouer avec un clavier, et mélanger ces styles un peu discos beat, j'étais un grand fan de trucs comme les Beastie Boys, qui étaient quelque chose de complètement différent que ce blues dont on parlait. Tu vois j'ai essayé de mettre les deux ensembles, de les compléter.


Ta musique est plutôt instinctive, très directe pourtant elle semble être le résultat d'un acheminement très réfléchi, c'est difficile de penser à ce que tu joues, à savoir ou tu veux aller quand tu joues tout seul ?

Je n'y pense pas... hum... Tu sais, beaucoup des chansons que joue en studio, je les invente dans le studio. Je travaille maintenant avec... deux amplis, la guitare et le clavier et j'aime ça parce que ça sonne comme un groupe tout entier. Mais d'un côté, en tant que One Man band tu te dois de rester très spontané. Tu jouais des fausses notes, c'est ça qui fait qu'un One Man band est quelque chose de si particulier. Si le public peut l'entendre. Je ne joue pas avec beaucoup de samples. De mon coté j'essaye vraiment de rester le plus spontané possible. Parfois c'est dur.


Comment ça s'est passé quand tu es passé de la scène au studio ? La scène reste le format le plus adapté pour un one man band, comment tu t'en es sorti ? Les deux sont complètement différents.

Oui en effet. Bah quand je travaille dans le studio, 99% des morceaux sont enregistrés sur une prise.
Je vais en studio, j'ai des idées de paroles et je commence à jammer. Tu sais j'écris des chansons plutôt simples... j'essaye de faire confiance à mes sentiments. Mais bien sûr en studio c'est dur de recréer cette atmosphère live. En concert les gens sont là pour te voir, c'est un cauchemar pour tes yeux d'ailleurs, tous ces gens qui te regardent. Mais c'est ce regard qui fait que les gens ne sont pas obligés de t'écouter, tu n'as pas besoin d'être un fan de ce one man band, ou du genre de musique qu'il joue mais tu es juste sublimé par tout ce que ce mec arrive à faire tout seul. Tu sais il m'arrive encore de jouer les chansons que les gens réclament comme un jukebox, mais ça dépend... Je fais beaucoup de concerts hors salle, j'ai joué dans des toilettes, j'ai joué sur des bateaux et d'autres trucs comme ça. Quand tu ne joues pas sur scène je pense que tu as un rapport plus direct avec le public. Mais j'aime aussi jouer sur des grosses scènes, pour des festivals avec du gros son, genre « Je vais te détruire. »

C'est quoi l'endroit le plus fou où tu es joué ?

Il y en a plusieurs... J'ai joué dans les toilettes des femmes à un festival, ou je jouais entre les gros groupes. J'ai fait la première partie d'Iggy pop and The Stooges dans un opéra, c'est plutôt dingue aussi. Une des audiences les plus dingues que j'ai eu c'était que des mecs torses nus, qui faisaient des mouvements de karaté sur le dance-floor, il n'y avait vraiment aucune fille ! Après le show ils voulaient me vendre leurs frangines... ça c'était marrant... !

Parlons de ton dernier album, Two Headed Demon sorti chez Voodoo Rhythm Records. Cet album semble marquer une nouvelle étape, un niveau supérieur au niveau de ta composition. Il est peut-être plus travaillé, plus complet. Jusqu'à quel degré cet album est différent de tes anciennes productions selon toi .

Sur mon deuxième album E-bomb, j'ai commencé à bosser avec le keyboard et je cherchais encore à travailler sur le son et l'image, sur ce mélange de l'influence électro, techno ce que tu veux avec le garage, les sixties, rock'n'roll, blues. Il y avait des chansons pas mal sur E-bomb mais aussi beaucoup de jam, le son ne collait pas vraiment ensemble. Sur two Headed Demon, j'ai trouvé mon son je pense et son image. Ces deux trois dernières années j'y ai beaucoup réfléchi et aujourd'hui je l'aime beaucoup. Je ne suis pas sûr à 100% de qui est mon public, de qui aime mon son. Je n'ai pas un public typique. Il a des gens très branchés par le côté traditionnel du one-man-band et d'autres qui adore ce mélange et ces nouvelles expérimentations. 

Est-ce que c'est lié au fait qu'à l'époque tu signais sur un gros label, Voodoo Rhythm, très reconnu dans le milieu ?

Oui, bien sur ! Je veux dire, dès que j'ai commencé à jouer, j'ai fait beaucoup de concerts avec Beatman, on était tout le temps fourré ensemble. Donc j'étais là à faire des trucs avec presque tous les groupes de Voodoo Rhythm, et partout où j'allais on me disais : « Mais pourquoi est-ce que tu n'enregistres pas un disque chez Voodoo Rhythm ? ». J'en ai parlé à Beatman, et à sa réaction j'ai bien senti que mon troisième album pourrait se faire sur Voodoo ! (rires) un jour où on était en Allemagne, on a fait une battle, Beatman et moi, et à la fin il m'a dit : « eh, tu étais plutôt bon, on peut dire que j'en ai un peu chié ! Fais-moi donc écouter tes nouvelles chansons ! » (rires) J'étais très content, car Voodoo Rhythm est un label très connu, qui a déjà signé des groupes comme King Automatic, BoB Log, Beatman... Me dire que je bosse sur le même label que ces mecs me rendent fier et m'inspirent ! Quand je pense à tout ça, j'ai l'impression d'être sur la bonne voie ! (rires)

Tu es content de la visibilité que t'offre Voodoo Rhythm au sein du réseau « underground » dont tu fais partie ?

J'ai l'impression que ces dernières années la scène « underground » a vraiment pris une ampleur considérable, notamment grâce à internet et à toutes ces plateformes d'échanges qui te permettent d'explorer plein de nouveaux trucs qui viennent des quatre coins du monde. Bien sur, pour un mec comme quoi, c'est vraiment cool de pouvoir utiliser internet pour rentrer en contact avec les gens. J'ai pu alors travailler plusieurs fois avec ... Records, un label berlinois qui sort principalement des éditions limitées et ce genre de truc. On a dû échanger des mails pendant presque quatre ans avant de se rencontrer en chair et en os ! Internet et Voodoo Rhythm, par le biais de leurs partenaires tout autour du monde, c'est une chance incroyable d'avoir une visibilité un peu partout !
Tu me parlais tout à l'heure de tous ces one man band qui se trouvent déjà sur Voodoo Rhythm, est ce que ça t'a mis un peu la pression ?
Non, il n'y a eu aucune pression, je parlerais plutôt d'une chance ! J'ai joué avec beaucoup de groupes qui étaient signés avant sur Voodoo Rhythm, et j'ai rencontré tellement de gens cools... Je n'ai jamais croisé de tocards chez Voodoo Rhythm(rires) ! Ça m'a conforté dans l'idée que je me trouve au bon endroit, à ma place. Pas de pression, pas de trucs compliqués, que du bon ! (rires)



jeudi 28 juin 2012

Le prince Harry - It's getting worse (Teenage Menopause / Rockerill records, 2012)



Le jour est levé depuis déjà longtemps. Le retour a la réalité frappe au sommet du crane. Des flashs en stromboscope éblouissent et abîment mes pensées. Confusion.
Refermer les yeux en espérant retrouver la sérénité d'un sommeil lourd et noir de rêve. Mais la tension reste. Le rythme incessant de cette grosse caisse qui claque sous mon cuir chevelu. Le crissement des guitares qui me strient les tympans. C'est avec la main tremblante que je m'enfile un calmant puissant suivi par un café recuit et corsé. Aucun réveil ne sera possible, "Le Prince Harry" s'est installé dans ma tête avec son troisième album "it's getting worse" coproduit par le label parisien Teenage Menopause et le label belge Rockerill records. Cet opus pourrait être la bande originale de ma migraine. La violence des titres qui habitent ce disque est inouïe. L'énergie brute qui se dégage des brûlot tel que "hit me" ou "Living dead in toxcity" me laisse sans voix. "Le Prince Harry" sévit sur Liège depuis 2005 armé d'une guitare et/ou synthé, d'une basse et d'une batterie. "It's getting Worse" concilie le punk avec ses guitares stridentes et sa batterie claquante  et la cold wave grâce à un chant lent venu d'outre tombe et des synthés futuristes.
L'album s'ouvre avec "No brain" comme un symbole car les beats assénés par "Le Prince Harry" sont addictifs. Ils provoquent irrémédiablement un déhanchement ou des gestes incohérents et aryhtmiques. Il y a peu de temps j'avais été soufflé par l'univers futuriste des Lost Sound, quatuor de Memphis des années 2000 sous la houlette de Jay reteards, qui hurlaient des chansons robotiques aux oreilles de l'auditeur. Je retrouve cette urgence dans certains titres tel que "Release the hounds", "hit me" et "No brain". Toutefois, le Prince Harry est aussi un concentré d'obscurité lorsque il explore les univers cher à Joy Division ou plus actuellement les parisien de frustration. On pense au titre "So cold", "Blitz of bliss" ou "The ditch"


Un mot sur "LPH VS BR" qui s'approprie avec beaucoup de talent les principes du métal. "It's getting worse", c'est aussi une pochette fabuleuse commise par l’incontournable artiste belge Elzo Durt qui signe aussi bon nombre d'artwork pour le label Born Bad Records.
Résumer l'album du "Prince Harry", c'est parler de sensation et d'émotion. La parabole la plus évocatrice serait celle d'un plongeur d'Acapulco sur les falaises de Normandie. Autant dire que l'arrivé sera terrible. Tendu, concentré avant le grand saut, la chute inquiétante mais maîtrisée et l'arrivée avec 2 options : Marée haute, c'est la douche froide. Marée basse: Clap de fin!

conseil d'écoute : au casque en regardant la vie comme un clip
Liens :
http://www.leprinceharry.be
http://teenagemenopause.bandcamp.com
http://www.rockerillrecords.com/