vendredi 28 septembre 2012

REVIEW I/Septembre 2012

THE HEX DISPENSER (Red lounge Records) - 45T - Parallel

Le combo punk d'Austin mené par Alex Cuervos qui entame d'ailleurs une carrière solo, vient de commettre pendant l'été un 45t intitulé "Parallel". Connu sur la scène garage notamment grace à sa collaboration avec Mick Collins des Dirthbomb, Alex Cuervos continue de tracer une autoroute punk mélodique imparable avec The Hex Dispenser. "Parallel" est sortie sur le label Red Lounge Records. Il comporte 3 titres dont une reprise des Misfits. Rien de bien neuf, le groupe propose le même punk mélodique alliant l'efficacité "blitzkrieg" des Ramones et le sens pop des Buzzcocks. À noter le titre imparable "Young Blood in the river"


DIKES OF HOLLAND (Screamer records) - Brainded USA


Toujours D'Austin, ce quintet punk commet son premier LP "Brainded USA" sur le label parisien Screamers Records (dont il est la première référence). Joli coup pour ce jeune label à qui l'on promet une belle carrière. Repéré par de nombreux amateurs lors du SXSW d'Austin, The Dikes of Holland concrétise les attentes avec ce brulot de 12 titres qui combine la hargne du punk (kinky parent, dirty san franciscan) aux riffs brûlant du hi-energy (Rotten Taste, Brainded USA). L'album s'ouvre sur le splendide streetwalker qui n'a rien à envier au meilleur titre de Mark Ryan des Marked Men, riffs propres et efficaces sur une mélodie entêtante que l'on beugle avec plaisir. Les titres s'enchainent, alternant des offensives quasi hurlées par Liz Burrito et des couplets bondissant soutenue par une batterie garage.



ALLAH LAS (Innovative Leisure) - Allas Las


Ces jeunes kids de Los Angeles ont de l'or entre les mains et viennent de signer sur un label qui sait y faire pour bonifier voire internationaliser ses poulains. Le succès leur ouvre les bras lorsque l'on sait qu'Innovative Leisure à déjà propulser Hanni El khatib et Nick Waterhouse au sommet des charts. Les Californiens sont marqués au fer rouge par la surf musique qu'il colore de beats sixties et mod's anglais. Repéré par une simple sortie en 2011 dans lequel il jouait le joyau "catamaran" (on le retrouve en ouverture de l'album) produit par Nick Waterhouse, Allah Las faisait buzzer les blogueurs qui attendaient avec impatience ce premier LP. Coup de maître, ce premier disque fait mouche et commence à faire frémir la presse internationale d'autant plus qu'ils partagent une tournée dantesque avec Mr Waterhouse nouvelle coqueluche des nostalgiques d'ampli à lampes, de gomina et de maccarthisme. Bien que moins convaincu par l'intégralité du disque (parfois trop pop guimauve à notre goût) la casbah aime Allas Las qui ravira les fans des Beatles et Beach Boys.





THE FEARLESS VAMPIRE KILLERS (Unsigned) - Batmania
 

Ils viennent de Melbourne, ils sont quatre et proposent un rock'n'roll folk cinématographique. Après un premier album "batmania" sortie l'année dernière en autoprod, les Fearless Vampire Killers n'ont toujours pas trouvé de label. Ils reviennent donc à la charge avec l'excellent single Mexico qui vous emmène dans l'univers de Tarantino, une musique de Western Spaghetti habitée et fantasmagorique.




dimanche 9 septembre 2012

Movie Star Junkies - Son of the dust (Inside/outside records, 2012)


J'aime les univers. Un trou de serrure d'où jaillit un filet de lumière qui attise la curiosité. Les engrenages qui nous entraînent dans des mondes riches. On regarde par l'orifice et on ose ouvrir la porte pour s'abandonner dans les pensées d'un autre. Nous ne sommes que des convives mais notre hôte est généreux et nous offre sur un plateau des émotions que notre quotidien souvent millimétré peine à nous donner. Au même titre qu'un Tolkien ou un Ellroy en littérature dans la même lignée qu'un Lynch pour le cinéma, les Movie Star Junkies (MSJ) sont des créateurs d'univers musicaux. D'album en album, ils construisent leur édifice aussi fou et improbable que la Sagrada Familia de Barcelone. De plus en plus riche, leur musique touche à chacun de nos sens et peu selon les humeurs accompagnées avec fidélité nos errances immobiles, les yeux dans le vague. Quelque soit votre sentiment, vos goûts, un album des MSJ ne peut pas décevoir. Peut-être qu'il vous exclura, vous laissera sur le bas-côté mais ceci est une autre histoire. Incomparable ! Je ne peux pas donner de filiation aux Italiens tant ils ont creusé leurs propres sillons.
Né en 2005 de la rencontre de Stefano chanteur et organiste avec Caio Batteur sur un concert des cramps, ils donnent naissance à la première forme des MSJ. Le groupe va rapidement accueillir Vincenzo à la guitare, Alberto à la guitare fuzz, contrebasse et Emmanuele à la basse. Nécessité impériale face aux ambitions musicales du combo. Rapidement, ils sont donc cinq à bord de ce bateau ivre sans tête ni capitaine mais qui tient le cap. Tout commence par une poignée de 45t sur différents labels (fistful of records, Hell yes !, Primitive records) entre la période de 2006 à 2008. Les MSJ s'offrent au monde avec « Melville » sorte de blues maritime et dépressif enregistré dans le vrombissement des moteurs. Directement inspiré de l'écrivain Herman Melville, l'album évoque des naufrages et des passages de la vie de cet auteur énigmatique du 19ème siècle. Lo-Fi, on sent déjà une écriture, une composition riche derrière les larscenes. « A poison tree » deux ans plus tard marque une nouvelle évolution pour le quintet qui s'oriente vers un folk sombre et fantasmagorique. Le son s'est adouci pour laisser entendre le talent génial du quintet. The Mariage Of Heaven And Hell de William Blake est la source d'inspiration du combo. Ils reviennent donc en 2012 avec « son of the dust » sur le label « inside/outside records » fondée par Matteo Bordin des Mojomatics et Emanuele "Nene'" Baratto, le bassiste du groupe. Plus question de Lo-Fi sur ce 3ème opus, les MSJ nous proposent un disque très propre, riche et fin. Oeuvrant dans les univers cinématographiques du capitaine Achab à la poursuite du cachalot blanc en passant par les silences oppressant d'un duel au colt dans une rue balayée par le vent, « Son of the Dust » nous invite à écouter l'histoire de ce fils de la poussière. Avec Les MSJ le lien entre littérature et musique est ténu, ce nouvel album nous raconte une histoire complète, chaque chanson correspondant à un chapitre.


Une grande place est laissée aux voix que ce soit le chant très clair et mixé en avant ou la profusion de chœur qui soutient assez systématiquement les refrains. Les instrumentations sont ciselées riches au service de l'histoire de ce fils de la poussière.
Un disque a se procurer rapidement et un groupe à voir en concert.

Date de tournée française :

20/10 CAVE A MUSIQUE, Macon, France
22/10 I BOAT, Bordeaux, France + Magnetix
23/10 STAKHANOV, Nantes, France
24/10 MONDO BIZZARRO, Rennes, France
25/10 L’OUVRE BOITE, Beauvais, France
26/10 LE CLACSON, Lyon, France
27/10 MAINS D’OEUVRES, Paris, France
31/10 GIGORS ELECTRIC, Gigors, France
01/11 ROCKOMOTIVES, Vendome, France
02/11 L’ASTROPHONE, Metz, France

Site web pour aller plus loin :
http://www.moviestarjunkies.com
http://www.outsideinsiderec.com

vendredi 13 juillet 2012

INTERVIEW : Urban Junior - Two Headed demon (voodoo ryhthm records, 2010)


Les arrivages Voodoo Rhythm Records sont un moment attendu par tous les fans de garage. Un des rares labels qu'on achète les yeux fermés sans connaitre l'artiste tant les principes qui le guident sont inamovibles. Garantie d'une belle découverte garage blues ou rock, je suis donc un peu surpris en posant la galette de Urban Junior "two headed demon" sur ma palatine.
Des machines!
Urgence, Lo-fi, bordel organisé mais sonorités technoïdes voir dance-floor. Ce n'est certainement pas le rythm'n'blues des années 50 qui a bercé les oreilles de ce suisse allemand mais bien le début des années 90 et l'émergence du Hip Hop. Le pire, c'est que cette rencontre improbable fonctionne. "Two headed demon" arrive à faire bouger les foules malgré une esthétique trash-punk. Grand réconciliateur, Urban Junior mériterait d'être programmé en boîte de nuit. En attendant, il se produisait dans le cadre du big tinnitus festival à Lyon en novembre 2011, organisé par le Trokson et le Clacson. Benjamin l'a rencontré et grand seigneur on vous livre tout ça.

 
Qui est Urban Junior, et quoi de neuf sur ton projet?

Je n'aime pas trop le mot projet, quand j'ai commencé c'était une sorte de projet. Je jouais à des soirées où je faisais le jukebox, le public pouvait réclamer n'importe qu'elle chanson, je la jouais. J'ai commencé avec une guitare, une grosse caisse et une caisse claire. Je jouais à des soirées ou l'entrée était gratuite, c'était juste des soirées. Et je sais pas, ça a plu aux gens et c'est devenu de plus en plus gros, j'ai enregistré quelque chansons et ça ne s'est jamais arrêté. Moi même parfois je suis encore très surpris de voir jusqu'où je suis allé avec ce truc.


Tu ne fais pas partie de cette génération d'artistes qui s'est fait connaître sur le net ?

Bah ces trois dernières années, j'ai laissé tomber ces plateformes de réseaux sociaux. J'ai dû passer trois, quatre ans sur Myspace, à surfer des heures dessus et franchement je n'ai pas envie de recommencer (rires). Tu sais c'est sympa, fin septembre début octobre j'étais en tournée pendant trois semaines et j'ai lu sur le Facebook de quelqu'un un message réclamant que je rejoigne Facebook (rires). Mais ce n'est pas mon truc, je préfère tourner, jouer, j'aime voyager, rencontrer des gens.

Est-ce que c'est justement tes débuts à des soirées privées, où tu devais faire danser les gens, qui t'ont donné envie de mélanger des sons garage, rock et électro?

Non, non ils dansaient déjà avant que je joue le micro-corde... En 2006 j'ai fait quelques concerts en Allemagne avec John Schooley One mande Band, aussi sur Voodoo Rhythm, il était aussi en quelque sorte le guitariste rythmique pour R. L. burnside en tournée. Et c'est un homme très sage, qui joue de la guitare comme un dieu. J'ai beaucoup aimé me plonger dans ce vieux blues mais tu sais je suis très mauvais à la guitare et j'étais incapable de jouer toutes superbes mélodies blues, et quand je tournais avec John Schooley, je me demandais justement quelles étaient mes racines, tu vois. Je suis né en Suisse, dans les années 80 et gamin j'écoutais ces trucs genre RnB... Alors ouais ça a juste été une idée comme ça au début de jouer avec un clavier, et mélanger ces styles un peu discos beat, j'étais un grand fan de trucs comme les Beastie Boys, qui étaient quelque chose de complètement différent que ce blues dont on parlait. Tu vois j'ai essayé de mettre les deux ensembles, de les compléter.


Ta musique est plutôt instinctive, très directe pourtant elle semble être le résultat d'un acheminement très réfléchi, c'est difficile de penser à ce que tu joues, à savoir ou tu veux aller quand tu joues tout seul ?

Je n'y pense pas... hum... Tu sais, beaucoup des chansons que joue en studio, je les invente dans le studio. Je travaille maintenant avec... deux amplis, la guitare et le clavier et j'aime ça parce que ça sonne comme un groupe tout entier. Mais d'un côté, en tant que One Man band tu te dois de rester très spontané. Tu jouais des fausses notes, c'est ça qui fait qu'un One Man band est quelque chose de si particulier. Si le public peut l'entendre. Je ne joue pas avec beaucoup de samples. De mon coté j'essaye vraiment de rester le plus spontané possible. Parfois c'est dur.


Comment ça s'est passé quand tu es passé de la scène au studio ? La scène reste le format le plus adapté pour un one man band, comment tu t'en es sorti ? Les deux sont complètement différents.

Oui en effet. Bah quand je travaille dans le studio, 99% des morceaux sont enregistrés sur une prise.
Je vais en studio, j'ai des idées de paroles et je commence à jammer. Tu sais j'écris des chansons plutôt simples... j'essaye de faire confiance à mes sentiments. Mais bien sûr en studio c'est dur de recréer cette atmosphère live. En concert les gens sont là pour te voir, c'est un cauchemar pour tes yeux d'ailleurs, tous ces gens qui te regardent. Mais c'est ce regard qui fait que les gens ne sont pas obligés de t'écouter, tu n'as pas besoin d'être un fan de ce one man band, ou du genre de musique qu'il joue mais tu es juste sublimé par tout ce que ce mec arrive à faire tout seul. Tu sais il m'arrive encore de jouer les chansons que les gens réclament comme un jukebox, mais ça dépend... Je fais beaucoup de concerts hors salle, j'ai joué dans des toilettes, j'ai joué sur des bateaux et d'autres trucs comme ça. Quand tu ne joues pas sur scène je pense que tu as un rapport plus direct avec le public. Mais j'aime aussi jouer sur des grosses scènes, pour des festivals avec du gros son, genre « Je vais te détruire. »

C'est quoi l'endroit le plus fou où tu es joué ?

Il y en a plusieurs... J'ai joué dans les toilettes des femmes à un festival, ou je jouais entre les gros groupes. J'ai fait la première partie d'Iggy pop and The Stooges dans un opéra, c'est plutôt dingue aussi. Une des audiences les plus dingues que j'ai eu c'était que des mecs torses nus, qui faisaient des mouvements de karaté sur le dance-floor, il n'y avait vraiment aucune fille ! Après le show ils voulaient me vendre leurs frangines... ça c'était marrant... !

Parlons de ton dernier album, Two Headed Demon sorti chez Voodoo Rhythm Records. Cet album semble marquer une nouvelle étape, un niveau supérieur au niveau de ta composition. Il est peut-être plus travaillé, plus complet. Jusqu'à quel degré cet album est différent de tes anciennes productions selon toi .

Sur mon deuxième album E-bomb, j'ai commencé à bosser avec le keyboard et je cherchais encore à travailler sur le son et l'image, sur ce mélange de l'influence électro, techno ce que tu veux avec le garage, les sixties, rock'n'roll, blues. Il y avait des chansons pas mal sur E-bomb mais aussi beaucoup de jam, le son ne collait pas vraiment ensemble. Sur two Headed Demon, j'ai trouvé mon son je pense et son image. Ces deux trois dernières années j'y ai beaucoup réfléchi et aujourd'hui je l'aime beaucoup. Je ne suis pas sûr à 100% de qui est mon public, de qui aime mon son. Je n'ai pas un public typique. Il a des gens très branchés par le côté traditionnel du one-man-band et d'autres qui adore ce mélange et ces nouvelles expérimentations. 

Est-ce que c'est lié au fait qu'à l'époque tu signais sur un gros label, Voodoo Rhythm, très reconnu dans le milieu ?

Oui, bien sur ! Je veux dire, dès que j'ai commencé à jouer, j'ai fait beaucoup de concerts avec Beatman, on était tout le temps fourré ensemble. Donc j'étais là à faire des trucs avec presque tous les groupes de Voodoo Rhythm, et partout où j'allais on me disais : « Mais pourquoi est-ce que tu n'enregistres pas un disque chez Voodoo Rhythm ? ». J'en ai parlé à Beatman, et à sa réaction j'ai bien senti que mon troisième album pourrait se faire sur Voodoo ! (rires) un jour où on était en Allemagne, on a fait une battle, Beatman et moi, et à la fin il m'a dit : « eh, tu étais plutôt bon, on peut dire que j'en ai un peu chié ! Fais-moi donc écouter tes nouvelles chansons ! » (rires) J'étais très content, car Voodoo Rhythm est un label très connu, qui a déjà signé des groupes comme King Automatic, BoB Log, Beatman... Me dire que je bosse sur le même label que ces mecs me rendent fier et m'inspirent ! Quand je pense à tout ça, j'ai l'impression d'être sur la bonne voie ! (rires)

Tu es content de la visibilité que t'offre Voodoo Rhythm au sein du réseau « underground » dont tu fais partie ?

J'ai l'impression que ces dernières années la scène « underground » a vraiment pris une ampleur considérable, notamment grâce à internet et à toutes ces plateformes d'échanges qui te permettent d'explorer plein de nouveaux trucs qui viennent des quatre coins du monde. Bien sur, pour un mec comme quoi, c'est vraiment cool de pouvoir utiliser internet pour rentrer en contact avec les gens. J'ai pu alors travailler plusieurs fois avec ... Records, un label berlinois qui sort principalement des éditions limitées et ce genre de truc. On a dû échanger des mails pendant presque quatre ans avant de se rencontrer en chair et en os ! Internet et Voodoo Rhythm, par le biais de leurs partenaires tout autour du monde, c'est une chance incroyable d'avoir une visibilité un peu partout !
Tu me parlais tout à l'heure de tous ces one man band qui se trouvent déjà sur Voodoo Rhythm, est ce que ça t'a mis un peu la pression ?
Non, il n'y a eu aucune pression, je parlerais plutôt d'une chance ! J'ai joué avec beaucoup de groupes qui étaient signés avant sur Voodoo Rhythm, et j'ai rencontré tellement de gens cools... Je n'ai jamais croisé de tocards chez Voodoo Rhythm(rires) ! Ça m'a conforté dans l'idée que je me trouve au bon endroit, à ma place. Pas de pression, pas de trucs compliqués, que du bon ! (rires)



jeudi 28 juin 2012

Le prince Harry - It's getting worse (Teenage Menopause / Rockerill records, 2012)



Le jour est levé depuis déjà longtemps. Le retour a la réalité frappe au sommet du crane. Des flashs en stromboscope éblouissent et abîment mes pensées. Confusion.
Refermer les yeux en espérant retrouver la sérénité d'un sommeil lourd et noir de rêve. Mais la tension reste. Le rythme incessant de cette grosse caisse qui claque sous mon cuir chevelu. Le crissement des guitares qui me strient les tympans. C'est avec la main tremblante que je m'enfile un calmant puissant suivi par un café recuit et corsé. Aucun réveil ne sera possible, "Le Prince Harry" s'est installé dans ma tête avec son troisième album "it's getting worse" coproduit par le label parisien Teenage Menopause et le label belge Rockerill records. Cet opus pourrait être la bande originale de ma migraine. La violence des titres qui habitent ce disque est inouïe. L'énergie brute qui se dégage des brûlot tel que "hit me" ou "Living dead in toxcity" me laisse sans voix. "Le Prince Harry" sévit sur Liège depuis 2005 armé d'une guitare et/ou synthé, d'une basse et d'une batterie. "It's getting Worse" concilie le punk avec ses guitares stridentes et sa batterie claquante  et la cold wave grâce à un chant lent venu d'outre tombe et des synthés futuristes.
L'album s'ouvre avec "No brain" comme un symbole car les beats assénés par "Le Prince Harry" sont addictifs. Ils provoquent irrémédiablement un déhanchement ou des gestes incohérents et aryhtmiques. Il y a peu de temps j'avais été soufflé par l'univers futuriste des Lost Sound, quatuor de Memphis des années 2000 sous la houlette de Jay reteards, qui hurlaient des chansons robotiques aux oreilles de l'auditeur. Je retrouve cette urgence dans certains titres tel que "Release the hounds", "hit me" et "No brain". Toutefois, le Prince Harry est aussi un concentré d'obscurité lorsque il explore les univers cher à Joy Division ou plus actuellement les parisien de frustration. On pense au titre "So cold", "Blitz of bliss" ou "The ditch"


Un mot sur "LPH VS BR" qui s'approprie avec beaucoup de talent les principes du métal. "It's getting worse", c'est aussi une pochette fabuleuse commise par l’incontournable artiste belge Elzo Durt qui signe aussi bon nombre d'artwork pour le label Born Bad Records.
Résumer l'album du "Prince Harry", c'est parler de sensation et d'émotion. La parabole la plus évocatrice serait celle d'un plongeur d'Acapulco sur les falaises de Normandie. Autant dire que l'arrivé sera terrible. Tendu, concentré avant le grand saut, la chute inquiétante mais maîtrisée et l'arrivée avec 2 options : Marée haute, c'est la douche froide. Marée basse: Clap de fin!

conseil d'écoute : au casque en regardant la vie comme un clip
Liens :
http://www.leprinceharry.be
http://teenagemenopause.bandcamp.com
http://www.rockerillrecords.com/

jeudi 31 mai 2012

Strange Hands - Dead Flowers (shit music for shit people records, 2012)



Pour le commun des mortels résidant en France, la ville de Bordeaux à une image de bourgeoise conservatrice et endormie. Mais il semblerait que la belle se fasse prendre tous les soirs par une cohorte de jeunes irrévérencieux qui remuent ses viscères de sonorités garages et anarchiques. La colère juvénile, l'adolescence festive couve et se déchaîne par soubresauts successifs au gré des nouvelles formations garages rock qui se font et se défont, se mélangent et s’entremêlent avec une consanguinité créatrice. Aujourd'hui lorsque un groupe français pointe le bout de son nez, il a une chance sur trois d'être de Bordeaux : De JC Satan au Magnetix en passant par les Sunmakers.
C'est donc à un groupe bordelais "Strange Hands" que l'on doit le must du flower punk lofi popularisé par les Black Lips l'année dernière avec "Arabia Mountain". Trio formé en 2008 par Lucas, Melvyn & Victor qui optent pour un garage psyché emprunt de sonorités sixties avec un sens aigu de la mélodie pop. Des airs que l'on fredonne jusqu'à ce que mort s'ensuive. Le trio s’appuie principalement sur une guitare douze cordes, une batterie minimaliste et un orgue de temps en temps. Depuis leur premier simple sur le label néerlandais Fistfull of Records en 2011, les "Strange Hands" ont écumé les scènes européennes avant de retourner en studio pour préparer leur premier LP sur le label italo-portugais "Shit Music For Shit People" en co-production avec le nouveau label français "Azbin Records".
"Dead Flowers" est une sorte de grand shaker dans lequel le trio bordelais a incorporé des claviers sixties. "she's mine", "trapper and dodger" et dans une moindre mesure "summertime" puisent leur source dans la musique des "Sonics" et autres "Music Machine". Du garage sixties au psychédélique défendu par les compilations Nuggets et Pebbles à la fin des années 6o il n'y a qu'un pas que les "Strange Hands" franchissent avec brio. Dans la lignée de cette nouvelle scène scandinave menée par Lorenzo Woodrose et le label Bad Afro Records ("Setting Son", "Dolly Rocker Movement") ou l'amplitude des guitares au son clair, la réverbération poussée à max et les habillages efficaces (cymbales, nappes orgue planante,...) habitent les titres tels que "Dead Flowers", "Warm reflection" et l'excellent "Love illusion".


"Acid Vision" et "First Poem" sont pour moi les réussites de cet opus bon de bout en bout, car ils allient l'énergie punk, la légèreté insouciante et une dimension mélodique rare. Ne nous y trompons pas, les "Strange Hands" pour leur premier LP nous propose un album de son temps de haute volée, un véritable coup de force. L'artwork de Lucas Donaud s'inscrit dans la veine psychédélique en vogue actuellement (animalière et coloré). Véritable objet esthétique, "Dead Flowers" est sortie en coproduction sur le label italo-portugais "Shit Music For Shit People"et "Azbin Records" a seulement 400 copies et risque d'être sold-out rapidement.


conseil d'écoute : En soirée, pour danser.

Liens :
http://strangehands.bandcamp.com/
http://azbinrecords.bandcamp.com/
http://shitmusicforshitpeople.blogspot.fr/

lundi 30 avril 2012

Delaney Davidson - Ghost Song (casbah records, 2012)



Consacrer le premier post du "casbah chronicle" à l'album de Delaney Davidson - Ghost Songs relève soit du narcissisme, soit de la symbolique. J'opte évidemment pour la seconde option n'étant pas masochiste mais aussi car ce LP est le premier album que j'ai envie de défendre bec et ongles. Un album important car viscéral que j'aime de manière subjective et sans entrave embrassant ses défauts et magnifiant ses qualités.
Delaney Davidson est un vagabond hanté qui s'exprime au monde à l'aide d'instruments et d'objets divers. Ghost Songs revêt une place particulière dans sa discographie. Il semble se situer à la croisée des chemins. L'empreinte de ses pères est omniprésente : de la protest song folk de Woody Guthrie au Hillbilly de Hank Williams sans oublier la noirceur de Johnny Cash. Mais les futurs possibles et l'affirmation d'une démarche artistique propre s'affirme et devant nous l'univers sombre fait de bric et de broc se monte tranquillement. La suite nous la connaissons, deux superbes albums "self décapitation" et "bad luck man" signé sur le label Voodoo Ryhthm records.
Ghost Song tient une place spéciale car il a été écrit en une semaine dans une chambre de bonne à Bern pour être enregistré aussi rapidement dans le studio de son complice Bob Drake. Pourquoi une telle urgence ? Cet album relève de l'exutoire, du sel sur les plaies ouvertes dont la cicatrisation sera longue. Parole intimiste, introspection soutenue par des sonorités inattendue : objets détournés et instruments dénaturés.
Ghost song s'ouvre sur le titre "sleeping women" qui débute par un long silence. C'est la complainte d'une scie musicale qui vient rompre l'attente et donner une tonalité éplorée à ce titre de pur folk. L'album semble hanté par un fantôme qui habite chaque note. Plutôt nostalgique, Ghost Songs n'en est pas pour autant un disque dépressif. "Girl in white" ou "Ophélia" vivifie le propos alors que "hate a man" ou "I'm a fool" (reprise de Sinatra) plonge en nous. Delaney Davidson semble nous raconter une rupture, nous la fait vivre, chaque chanson étant un état émotionnel. Désenchantement, espoir, nostalgie, colère, tristesse et fatalisme.
Delaney Davidson nous livre un album de folk d'une pureté rare qui infusera et accompagnera parfaitement vos longues soirées solitaires. Indispensable.

Conseil d'écoute : Seul au casque à la nuit tombée.

Lien :
http://www.delaneydavidson.com/
http://casbah-records.com/
Achat du disque :
http://www.casbahrecords.bigcartel.com/
http://casbahrecords.bandcamp.com/